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Source FSU
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Victoire des apiculteurs
Et des écologistes contre le pesticide Cruiser.

Le conseil d'état a annulé, mercredi 16 février, l'autorisation de mise sur le marché de l'insecticide Cruiser délivrée en 2008 et 2009 par le ministère de l'agriculture. par ce jugement, il ouvre la voie à une possible indemnisation des apiculteurs dont les abeilles ont succombé à la suite d'épandages du pesticide commercialisé par le groupe suisse Syngenta Agro. Plusieurs associations de défense de l'environnement et des syndicats agricoles avaient contesté cette décision de mise sur le marché du Cruiser, pesticide qui avait pris la suite du Gaucho et du Regent. Les juges estiment que l'agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a fait une "évaluation insuffisante" de "l'ampleur du risque à court et à long terme" sur les abeilles exposées.

Le monde
sélection hebdomadaire
samedi 26 février 2011
Abeilles en danger
S'informer ...

Quand l'air du temps est colonisé par "les valeurs qui jugent" ...

article de Jean Claude Guillebaud

"Notre espace commun n'est plus rien d'autre qu'un crépitement d'injures, de reproches et de sentences"

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Décembre 2016
Vign_dden

HISTOIRE D’UN IDEAL

 

Le citoyen est bien étrange…Le taux d’abstention aux élections ou le vote pour l’extrême droite nous interpelle : indifférence, colère, amalgame? Et un jour de janvier 2015 plus de 4 millions de républicains qui battent le pavé, comme dans un sursaut, le peuple s’insurge, se rassemble, fait bloc. Il clame liberté d’expression, liberté de conscience, touche pas à ma laïcité. La République est debout. Bon nombre de  citoyens avait oublié ou ignorait ce à quoi la laïcité, idéal de liberté et d’égalité inscrite dans notre constitution et légitimée par la loi 1905, permet d’échapper.

Ces terribles événements de janvier nous ont encore prouvé que si religion et politique sont une liaison dangereuse, communautarisme et République le sont tout autant. La laïcité est un principe qui est lié à la République dans la notion d’indivisibilité.

 

L’alliance du trône et de l’autel.

 

Quand la laïcité s’affirme anticléricale ce n’est pas le fruit du hasard mais bien celui de l’histoire. Encore aujourd’hui certains se plaisent à entretenir le doute. D’ailleurs hier comme aujourd’hui des ecclésiastiques contestent la laïcité et jugent la loi de 1905 comme agressive. Nous devons toujours expliquer que la laïcité n’est pas une façon négative d’être, ni une simple opposition.

« La loi 1905 est une loi de liberté et non une loi de persécution » assurait Jean Jaurès.

On peut dire qu’au cours de l’histoire de notre pays des hommes et des femmes ont milité, ce sont battus, au prix parfois de leur vie pour affirmer et convaincre que pour fonder une paix authentique il fallait prévaloir ce qui unit sur ce qui divise. Ce sont bien des faits historiques sanglants, cruels et injustes accumulés au cours des siècles qui ont conduit le peuple à brandir les fourches, à la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, et entre autres, aux lois pour une école laïque, gratuite et obligatoire, et à celle de séparation des Églises et de l’Etat.

 

On constate que dès l’Antiquité l’unité du peuple a été requise et imposée par le biais d’une religion. Le rapport entre religion et pouvoir apparaît décisif. Au fil des siècles le pouvoir temporel se légitime dans sa propre sacralisation religieuse. L’alliance du trône et de l’autel, comme l’explique Henri Pena Ruiz, conduit à la confusion des pouvoirs, mène aux croisades, à la terreur, aux guerres de religion.

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » cette phrase attribuée à Jésus Christ nous laisse supposer que l’indépendance réciproque des pouvoirs religieux et politiques était déjà dans les préoccupations.

Sous l’empire Romain nous sommes encore à cent lieu de la démocratie, le christianisme est promu religion officielle. La théocratie est proclamée avec la collusion totale du pouvoir politique et du pouvoir religieux : Le peuple devra respecter les dogmes ! Les deux autres monothéismes, juif et musulman, appliquent la même règle, la législation est édictée par la religion.

 

Un roi, une loi, une foi.

 

Le baptême de Clovis, en 498, scelle la première alliance entre le pouvoir royal et le pouvoir clérical. Mais au cours  de l’histoire rois et papes n’ont pas toujours voyagé sur un long fleuve tranquille. Charles Martel en 732 ou encore Philippe le Bel au XIIIème  siècle refuse l’autorité du pape et mènent un conflit de pouvoir.

C’est décrété : »Le roi est empereur en son propre royaume » donc  le roi de France est le représentant de Dieu sur la Terre ! Déjà en l’an 800 une iconographie  représente le sacre de Charlemagne qui est couronné par une main céleste.

Toujours au IXème siècle, les pèlerins arpentent le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et certains historiens médiévistes avance la thèse que ce pèlerinage a toujours été un enjeu politique pour l’Eglise car à cette période l’Espagne était occupée par les Arabes.

Que ce soit vers Compostelle ou vers Jérusalem les chrétiens emportaient  une promesse dans leur maigre baluchon : « les derniers deviendront les premiers » !

Une autre clameur illustre un fait religion : «  Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens », l’Eglise lance l’Inquisition contre les Cathares.

Bien avant Napoléon, outre la célèbre bataille de Marignan, en 1515 François Ier signe un concordat avec le pape Léon X, qui ménage à la fois les prérogatives royales et les privilèges publics du catholicisme.

Quelques décennies plus tard le pouvoir royal s’inquiète du développement du protestantisme. En août 1572 le « massacre de la Saint Barthélémy » déclenche une nouvelle guerre des religions. Le Huguenot Henri de Navarre se convertit au catholicisme pour hériter du trône et ne tarde pas à rédiger l’Edit de Nantes. Nous sommes encore bien loin de la liberté de conscience et de celle de l’expression, d’ailleurs Louis XIV remet de l’ordre dans le royaume : « Un roi, une loi, une foi. » A bon entendeur…

Montaigne revendique la reconnaissance de la liberté de penser en écrivant : « La vrai liberté est de pouvoir toute chose sur soi (…) il faut recourir aux sciences humaines et non à la théologie ». Pascal, Descartes, avec qui le doute devient une méthode, l’ont suivi et Spinoza affirme : « la connaissance révélée ne porte que sur l’obéissance ».

 

Instruire pour libérer

 

 Ce retour dans le temps n’est pas exhaustif et le serait d’autant moins si l’on ne parlait pas de la persécution contre les savants comme Copernic ou Galilée, les poètes ou les écrivains. Au nom de la religion, on exécute, on assassine.

Malraux disait : « On explique bien l’histoire à condition de ne pas faire abstraction de ses passions. »

 

Face aux injustes assassinats du toulousain Jean Calas et du chevalier de la Barre, Voltaire a cette force de la passion contre les calomnies et les préjugés religieux. Son traité sur la Tolérance est vibrant d’actualité. Les encyclopédistes étaient tout autant fervents dans ce combat pour la raison et les Lumières. Helvétius écrira : « Il n’y a que les grandes passions qui puissent enfanter les grands hommes. »  Les philosophes du siècle des Lumières ont déployé toute leur ardeur pour la liberté et la justice. Jean Michel Ducomte nous enseigne que « Lumières » est traduit de l’allemand. Des philosophes comme Kant employaient ce terme pour décrire la victoire de la raison et du savoir sur les ténèbres de l’ignorance et de la superstition.

 

 En véritable visionnaire, CONDORCET  avertissait les révolutionnaires en leur disant : « il ne suffit pas que le peuple ait conquit les droits politique et la liberté, il faut que le peuple soit éclairé. Osez » disait-il, « une instruction publique qui rende la raison populaire » Condorcet ne se contente pas de la « tolérance » il veut affranchir l’instruction publique : Instruire pour libérer, l’école publique sera laïque. Nous devons sûrement à Condorcet le concept de la laïcité. La vie de Condorcet est une œuvre. Mathématicien, philosophe, homme politique, il condamne la peine de mort et votera d’ailleurs contre celle de Louis XVI, milite pour l’abolition de l’esclavage, il plaide pour la cause des femmes et se prononce pour leur droit de vote.

Oui l’instruction est fondamentale car la culture est liée à la laïcité pour accéder à la liberté.

 

1789, la révolution ; les privilèges s’effondrent, le droit divin est rejeté. Le 26 août est proclamée la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ». Le peuple devient souverain. La liberté de culte est accordée, l’état civil est constitué. Le mariage et les enterrements civils ainsi que le divorce sont reconnus.

 

On peut également évoquer Olympe de Gouges, une des femmes Lumières de la Révolution, qui partage avec Condorcet les mêmes idées de réforme concernant l’esclavage et la citoyenneté des femmes. Célèbre pour avoir repris tous les articles de la Déclaration de 1789 en les féminisant et pour une phrase tristement prémonitoire « la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ».

 

« L’Etat chez lui- L’Eglise chez elle. »

 

Condorcet relève donc  des failles dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui ne parle ni des femmes ni du suffrage universel. Condorcet avait raison, ses remarques sont encore une fois pertinentes et visionnaires. L’urgence en 1789 était de se délivrer de cette répression obscurantiste. On ne parle pas au XVIIIème siècle d’intégrisme mais la résolution, la visée n’est-elle pas identique ? Ce mot apparait au XXème siècle il est d’origine espagnole.

Sous la Restauration la religion catholique redevient religion de l’Etat. Napoléon Bonaparte signe le concordat, nous dirions aujourd’hui c’est du « donnant-donnant » avec l’Eglise et dans la foulée il instaure le code civil qui laïcise la société ce qui avait déjà débuté avec la Révolution.

 

En 1850 Victor Hugo proclame à l’Assemblée : « Je veux l’Etat chez lui et l’Eglise chez elle ». Il s’oppose à la loi Falloux sa déclaration est un véritable « manifeste de la laïcité »comme le résume parfaitement Henri Pena Ruiz, tout y est : « la distinction de la religion et du cléricalisme, le rappel des persécutions auxquelles la laïcité permet d’échapper, le livre noir du christianisme institutionnel, le refus de toute mise en tutelle de la science ou de l’art, la dénonciation des obscurantismes religieux, le principe de séparation de l’Etat et de l’Eglise, l’affirmation de la vocation émancipatrice de l’école publique et laïque. » Il faudra encore patienter 55 ans !

 

Louise Michel dans un autre registre a écrit l’histoire de la Commune, elle est une des figures légendaires du mouvement ouvrier et libertaire. Apprenant sa déportation Victor Hugo lui écrira un poème : « la pitié formidable était dans tes paroles, tu faisais ce que font les grandes âmes folles… »

 

« J’accuse. »

 

Nous ne sommes pas encore au bout du chemin. «L’ordre moral » veille et reprendra les rennes dès le lendemain de la Commune de Paris. Les pages de notre histoire sont pleines de passions : Nous ne pouvons, nous ne devons pas passer sous silence l’Affaire Dreyfus marquée par le magnifique « J’accuse » de Zola. Waldeck-Rousseau fût à l’origine de la révision de ce procès. Il fit aussi adopter la loi de 1901 sur la liberté d’association. Emile Combes qui lui succèdera à la présidence du Conseil appliquera à la lettre envers les congrégations religieuses les dispositions de cette loi.

S’enchaînera une rupture diplomatique avec le Vatican et rendra inévitable la séparation des Églises et de l’Etat.

On imagine les joutes verbales, il y aura des mois de débats à l’Assemblée nationale.

L’affrontement qui a divisé le pays va-t-il prendre fin, entre la France catholique fidèle au trône et la France républicaine et laïque, héritière de la Révolution et des Lumières ?  En décembre 1905 la loi fût donc votée à l’Assemblée par 341 voix contre 233.

En juillet de la même année, à Castres Jaurès déclarait : « Ouvriers de cette cité, ouvriers de la France républicaine, vous ne préparerez l’avenir, vous n’affranchirez votre classe que par l’école laïque, par l’école de la République et de la raison. »

Une quarantaine d’année plus tard nous connaitrons les premières entorses à la laïcité : Les lois Marie et Baranger, la loi Debré, la loi Guermeur, la modification de la loi Falloux, la loi Carle, sans oublier le régime de Vichy.

 

Chaque siècle a eu ses conquêtes : Le 19ème celles pour la Liberté, le 20ème celles pour l’Egalité, le 21ème sera-t-il celles pour la Fraternité ? Au 20ème siècle la fraternité a été mise à rude épreuve sur la planète et en ce début de siècle des pays sont toujours en conflit. Le philosophe Abdennour BIDAR suggère, dans son plaidoyer pour la fraternité, d’inverser l’ordre de notre devise : Fraternité-Liberté-Egalité. Il écrit ; « si l’on ne veut pas que s’installe la guerre des libertés et le conflit des égaux nous devons nous engager dès le plus jeune âge en famille comme à l’école pour faire exister la Fraternité. »

En effet, aujourd’hui la Fraternité n’est-elle pas qu’un idéal et ne sommes nous pas prisonniers d’une autre religion, celle du profit ?

Le dogmatisme économique est dangereux car il est accepté par tous les hommes. C’est le règne du marché boursier. Les difficultés économiques et sociales et le sentiment de rejet ont conduit certains jeunes de confession musulmane à revendiquer leur identité religieuse pour palier l’absence de reconnaissance citoyenne. Est-ce que la République propose encore le progrès social, l’emploi pour tous ? Jaurès l’avait pressentit « La République doit être laïque et sociale. Elle restera laïque parce qu’elle aura su rester sociale »

 

 

Les DDEN ne sont pas des donneurs de leçons nous pensons cependant qu’il ne faut pas oublier les leçons de l’Histoire. Nous devons avoir un devoir de mémoire  pour l’engagement, la détermination et la conviction de toutes ces femmes et tous ces hommes  même si nous sommes nombreux à regretter que le mot laïcité n’apparaisse pas dans la loi 1905. En revanche il est bien inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946, réaffirmé dans celle de 1958 « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».

 

Que d’intelligence, de courage, de lutte pour la cause de la laïcité : Jules Michelet, François Guizot, Joseph Lakanal, René Goblet, Edgar Quinet, Jules Ferry, Paul Bert, Ferdinand Buisson, Jean Macé, Aristide Briand, Léon Gambetta, Jean Jaurès, ces deux derniers des tribuns d’exception. Certains sont devenus des symboles, tous ont écrit l’histoire de cet idéal.

 

Dominique ROBLOT

Texte diffusé avec l'aimable autorisation de l'auteur et de la fédération des DDEN

Je est mon Hôte

 

Le nouveau né :

 

Ce qui ne va pas, c'est que nous arrivons sur terre sans mode d'emploi.

 

En vérité nous ne savons pas pourquoi nous sommes là, ni si nous devons le découvrir, ni ce que nous devons faire. Nous faisons vite l'expérience des drames de notre vie avec nos fragilités, nos dépendances, nos besoins, nos souffrances, nos blessures, nos parents... Mais nous naissons avec un cœur pour aimer ceux qui nous accueillent et nous appellent à vivre cette vie. Nous avons sans le savoir une connaissance intime de l'amour qui respecte et accueille notre différence.

 

Pourtant ce don, dont je ne crois pas qu'un seul enfant soit dépourvu, est négligé, étouffé, maltraité, combattu.

 

Je suis conçu humain, autre, étranger, mystère, énigme, voué à l'amour et aux soins des parents, des adultes. Je nais pure présence d'altérité, germe de vie et de singularité. Je suis un autre, un inconnu . Je suis un autre et je les altère. C'est contagieux l'altération comme la vie. Ils ont peur du changement alors que tout change et tout se transforme.

 

Cette vie est pourtant arrivée miraculeusement jusqu'à la pensée, jusqu'à la conscience, jusqu'à la parole, jusqu'à l'histoire, jusqu'à la civilisation, jusqu'à la solidarité, jusqu'à l'amour et au désir...

Cette vie a engendré les femmes et les hommes. Cette vie s'est hissée jusqu'à nous faire ce cadeau de la vie et de tous nos dons.

 

                                                           Les adultes :

 

Oui nous souffrons, nous mourrons mais faut il refuser, abîmer à ce point le don de vie et maltraiter la vie et les autres ?

 

Ce qui ne va pas, c'est que nous n'écoutons pas, nous ne sommes pas solidaires. Nous ne transmettons pas les valeurs de la vie et celles d'un cœur qui aime l'étranger, le différent qui me rappelle ma propre altération. Je combats mon altérité et je le reproche à tous les autres qui me le rappellent.

 

Nous n’affrontons pas ensemble les épreuves. Nous ne parlons pas pour confronter nos points de vue mais pour faire taire les différents regards. Nous ne voulons pas changer de point de vue et nous défendons nos certitudes. Nous protégeons nos intérêts privés, personnels sans pouvoir concevoir un bien commun. Chacun protège ce qu'il croit essentiel à sa vie alors qu'il rate la richesse des regards multiples à la fois singuliers, pluriels et respectueux de la Vie qui fait les différentes vies sous toutes ses formes.

 

Pourtant nous pourrions tous recevoir les fruits de la vie avec justice comme des nouveaux dons en  quantité mais nous préférons posséder.

 

Nous pourrions donner et recevoir. Nous pourrions valoriser tous nos dons que nous possédons en abondance mais nous fermons nos cœurs à cette dynamique de la vie. Elle nous donne, elle se donne, elle nous gratifie de dons et nous la massacrons.

 

Notre devoir serait de découvrir tous ces dons, de valoriser toutes ces richesses mais nous avons fermés les yeux de l'âme et du cœur. Nous ne savons plus recevoir; nous avons perdu le re-spect qui est l'art de regarder 2 fois ou de regarder autrement pour y chercher l'autre valeureux, l'étranger prestigieux. Nous n'invitons plus l'étranger dans notre demeure et nous le laissons mourir à nos portes fermées par la peur.

 

Pourtant je crois que nous perdons notre cœur et notre âme. Nos maisons remplies sont si vides d'humanité. Nous fermons nos cœurs et nos âmes aux richesses, aux joies, aux aventures. Nous éliminons notre devenir, notre altérité.

 

- C'est possible d'être pleinement soi, libre et relié aux autres.

- C'est possible d'être ensemble et que chacun trouve une place digne.

- C'est possible d'être solidaire sans renoncer à ce qu'on est, à ce qu'on devient.

- Oui c'est possible de partager et sans se priver de confort.

 

Alors pourquoi ne le fait-on pas ? Pourquoi refuse-t-on d'y croire et de chercher les moyens de le faire?

 

Je crois que nous avons perdu le désir de prendre le chemin qui nous fait aller vers l'autre. Cet autre m’appelle depuis toujours et il me fait devenir autre et encore plus que moi même : une présence unique et singulière.

L'Autre intérieur m'attend dans son lieu et me promet la rencontre dans un espace autre, un espace entre nous. A la place de cet espoir de rencontre, nous prenons des chemins de fuite qui nous éloignent les uns des autres. Nous perdons alors l'espace et le lieu de convergence de notre existence, qui est d'aller au devant de soi dans la promesse d'y rencontrer des présences tant cherchées et espérées. La joie de vivre cette promesse donne la paix, le repos et nous désaltère. Cet espoir nous anime tous mais nous le faisons taire. Il est notre désir tendu vers le sens de notre vie ouvert à l'altérité.

 

Toujours plus les mêmes, crispés, racornis et jamais riches de nos différences, nous tuons nos germes de transformations. Nous faisons taire la promesse de vie qui nous fait un don unique à laisser grandir. Nous ne possédons pas notre vie et nous faisons pourtant comme si. Nous sommes si différents de ce que nous raisonnons, de ce que nous imaginons. Nous ne laissons pas notre différence nous parler, s'épanouir, nous faire devenir ce que nous sommes vraiment.

 

Que faudrait-il changer en nous pour vivre la Vie et respecter toutes les vies ?

 

Je crois que nous combattons la souffrance mais une vie qui fuit ses épreuves ne se laisse pas toucher ! En effet la souffrance vient de ce qui nous déchire, de ce qui nous altère, mais de ce fait nous transforme. Elle fait partie de l'épreuve de ce qui nous affecte et bouleverse notre existence. Ce qui ne va pas, c'est que nous ne sachions pas accompagner cette souffrance chez nous et chez les autres. Une souffrance n'est donc pas à faire taire et elle n'est pas à faire disparaître comme si elle n'avait aucun sens, aucune raison d'être. La souffrance est souvent le signal de départ et que nous allons devoir partir, entamer un chemin que nous ne voulions pas faire. Oui la souffrance nous entame et nous dit une altération profonde dans la vie que nous avions. Nous perdons nos habitudes, nos certitudes et il faut gravir des dénivelés, descendre des pentes, traverser des déserts ... découvrir des paysages...changer de regard sur la vie. Oui il faut dire que la douleur peut être terrible. Mais trouvera-t-on des remèdes pour l'atténuer sans stopper le mouvement qu'il nous faut accomplir ?

 

Les humains sont doués pour soigner, pour soutenir, pour diminuer les douleurs, pour les rendre supportables mais ils veulent trop souvent éradiquer la souffrance. On confond douleur et souffrance. On voudrait rester le même malgré l'épreuve qui nous étreint. Faut-il rester le même alors que la solution vient de notre altérité au cœur de notre altération profonde ?

 

Oui l'expérience de la souffrance nous apprend que nous ne possédons jamais rien définitivement.  Nous pourrions recevoir et donner, tout en perdant avec une certaine souffrance. Nous pourrions apprendre à ne pas avoir raison de l'autre, ni à le posséder...L'autre apparaît s'il n'y a pas de possession, pas de compétition avec lui, pas d'élimination, pas d'exclusion, pas de rejet, pas de soumission, pas de fermeture... mais du soutien, de l'écoute, de l'interêt, de l'accueil...une invitation en forme de questions : qui es tu ? Où es tu ? Comment te rencontrer ?

 

                                                 Parle moi de toi

 

L'autre est mon hôte tant en moi que chez autrui et il m'invite à le co-n-naître indéfiniment... toujours plus proche et jamais confondu car c'est un hôte distingué.

 

Une place à chacun, une présence attentive non raisonnée. L'un et l'autre, l'un dans l'autre, toujours plus riches l'un de l'autre. C'est possible et c'est l'espoir que je reçois, que je transmets, que je reçois à nouveau dans les rencontres. Je crois le donner mais je ne fais que le recevoir ! Je ne me fais pas moi même et je me laisse devenir, advenir de ce que j'accepte des autres qui m'ont fait, défait, refait... et aussi par l'Histoire qui parle vrai, me donne un vécu, un itinéraire, une épaisseur: un corps inscrit  et vivant, prêt à revivre quand l'histoire se raconte...

 

                                                        Les morts :

 

Je crois que nous ne sommes pas préparés au changement, au voyage, à la transformation. Pourtant la vie semble réellement mouvement, passages, transformations, mutations. Rien ne subsiste tel quel mais il y a toujours passage, mutation, résurgence. Si notre corps meure, nous ne mourrons pas totalement car présence, cœur, relations, pensées persistent chez les vivants. Nous sommes inscrits dans les autres. Nous continuons d'y faire signe et acte de présence par delà le temps et l'espace. Cette dépossession nous remet dans notre place et dans notre fragilité, dans notre besoin de l'autre, jusque dans la mort.

 

Et si la souffrance était aussi signe d'amour de ce ou ceux qui me manquent et qui existeront autrement dans mon intériorité ouverte et profonde?

 

Plus je fais du chemin, plus je m'approche, plus je deviens présent, plus je rencontre le mouvement de la vie et plus j'y consens. Telle est la promesse et malgré les découragements, mon cœur y croit dans le secret du don d'amour.

 

                                                    François Dulac, le 23 juillet 2016

                                                 A Françoise et Elouan Hattermann

Janvier 2015
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Après l’assassinat de Charlie, non à la barbarie et à l’antisémitisme.

Communiqué 10 janvier 2015

Après le massacre à Charlie Hebdo, des fanatiques se réclamant de l’islam ont  ajouté l’horreur à l’horreur : vendredi 9 janvier ce sont des juifs - ou des personnes supposées telles car fréquentant une épicerie cacher - qui ont été tués du fait de leur origine.
Après s’être  attaqués à la liberté d’expression, les assassins ont montré que leur antisémitisme meurtrier participe d’un projet politique : dresser les populations de culture musulmane contre « les juifs et les mécréants ».
Ils espèrent capitaliser sur les sentiments d’injustice et de révolte justement suscités par les discriminations et la relégation sociale dont  souffrent les populations issues de l’immigration, ou encore transformer la légitime sympathie envers les Palestiniens en haine des juifs et des « occidentaux ».
Attac  condamne ces meurtres ignobles et cette stratégie incendiaire qui servent déjà de prétexte à de nouvelles agressions contre des musulmans et des mosquées. Nous exprimons notre solidarité sans conditions avec toutes les victimes de discriminations et de violences, qu’ils soient journalistes, policiers, citoyens d’origine juive, musulmane ou Rrom...
Nous refusons absolument cette logique de « guerre des civilisations »  par laquelle ces assassins, mais aussi l’extrême-droite et même nombre de nos dirigeants espèrent construire ou perpétuer leur domination. Nous  participons aux grandes manifestations de ce week-end pour y exprimer cette solidarité et ce refus.
           
     Attac France — 2015

Article de J-C Guillebaud "face aux médias"

article de Ciné Télé Obs du 29 mars au 11 avril 2014

De l'intelligence au crétinisme

JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD

Publié le 27/03/2014 à 14h35

 

J'emprunte à un excellent dossier de la revue "Esprit" intitulé "Notre nihilisme" quelques éléments pour répondre à la (grande) question médiatique. Cette dernière peut se formuler ainsi : comment se fait-il que tant d'intelligences individuelles produisent - souvent - un vrai crétinisme collectif ? C'est dans une formule de Nietzsche que l'on trouve peut-être un commencement de réponse. Pour Nietzsche, le nihilisme triomphe quand l'humanité ne retient plus que "les valeurs qui jugent". Quand l'air du temps est colonisé par des condamnations, des sentences et des imprécations croisées ; quand des criailleries misérablement justicières se substituent à la réflexion et au doute investigateur, alors une société entière s'engloutit, en effet, dans le  "rien"  du nihilisme. Nous y arrivons.

Qu'on réfléchisse à la situation contemporaine non pas du journalisme (qui se porte plutôt bien) mais du médiatique qui, lui, fait naufrage. Ce paysage-là est envahi par un chiendent particulier : le jugement ex abrupto et la condamnation lapidaire. Additionnez les mille et une chroniques de la presse écrite, les différents "plus" de l'internet, les blogs, les commentaires, les "j'aime" et les "j'aime pas", les twitts sans appel en 140 signes, etc. Vous prendrez conscience que notre espace commun n'est plus rien d'autre qu'un crépitement d'injures, de reproches et de sentences. Chacun y semble mû par une addiction nouvelle : donner son avis sur tout et sur rien. Et le faire en forçant la voix.

On s'approche alors, en effet, de la situation que redoutait Nietzsche dans un fragment de "la Volonté de puissance" : le recroquevillement pathologique sur les "valeurs qui jugent". Ce nihilisme-là s'abrite derrière l'incantation convenue et pleurnicharde à propos des "valeurs perdues". Claude Lefort, cité dans le dossier de la revue "Esprit", avait compris cela : le mot "valeur" envahit le débat public, remarquait-il, quand il n'est plus possible de se référer à un "garant reconnu par tous" (la raison, la nature, Dieu, l'Histoire, etc.). Ainsi est-ce de façon rageuse, voire exterminatrice, que prévaut l'obsession de juger.

La rumeur globale qui en découle est voisine du nihilisme barbare car ces milliers de jugements quotidiens portent régulièrement la marque de l'ignorance crasse ou de l'infantilisme content de lui-même. Ils osent exprimer une opinion immédiate et péremptoire sur, mettons, l'histoire séculaire de l'Ukraine, la dispersion des microparticules, la situation financière de l'Allemagne, les thèses philosophiques - et les volte-face - de Judith Butler, le sexe des anges, le subconscient de François Hollande ou quantité d'autres sujets à propos desquels la circonspection devrait s'imposer à tous.


L'internet et Wikipédia, en donnant accès à des renseignements à peu près illimités, permettent à chacun de jouer, en une seconde, au savant - ou à la savante - en pratiquant gaillardement le copier-coller. On fera donc passer pour de la culture un pauvre "savoir" mécanique. Ajoutons que les mutations que connaissent nos sociétés sont si imprévisibles dans leurs effets que, par avance, elles rendraient infiniment sottes les opinions péremptoires, même si elles étaient mieux renseignées. La rage, l'agressivité, la boursouflure de ton, la suffisance des points de vue : tout cela n'a d'autre but que de dissimuler, derrière le tintamarre du ton, l'indigence du contenu. A partir d'intelligences individuelles répertoriées, on aboutit bel et bien à un invraisemblable crétinisme collectif.

 

ARCELOR
ArcelorMittal: l'échec du modèle Goldman Sachs


Médiapart - 01 décembre 2012 | Par Martine Orange

  • Analyse
Le drame de Florange était inscrit de longue date. Dès le mois d’août 2006, au lendemain du succès de l’OPA hostile de Mittal sur Arcelor, serait-on tenté de dire. La sidérurgie lorraine, mais aussi belge, et peut-être demain européenne, paie aujourd’hui le prix de l’échec d’un modèle financier mis en place lors de cette attaque boursière. Si Lakshmi Mittal, financier de haut vol, en est le premier acteur, la banque Goldman Sachs, qui l’a accompagné dans toute ce périple, porte une lourde responsabilité. Négligeant les réalités industrielles, les caractéristiques du secteur sidérurgique, elle a soutenu la financiarisation d’une industrie lourde, ce qui menace aujourd’hui de l’entraîner par le fond.
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui autour de Florange et dans tout le groupe, il faut se reporter au début de l’histoire.
26 janvier 2006. À la surprise générale, Lakshmi Mittal lance une OPA hostile sur le groupe Arcelor. La France découvre alors ce milliardaire indien, mais de nationalité britannique et totalement intégré à la City depuis vingt ans, aujourd'hui sixième fortune mondiale. Dans les milieux de l’acier, on connaît un peu cet homme d’affaires, qui a pris pied dans la sidérurgie européenne en rachetant des sites industriels dont les grands groupes souhaitaient se séparer, parce que jugés trop peu rentables ou sur des productions trop bas de gamme.
C’est ainsi qu’ils l’ont vu racheter des sites en quasi faillite en Roumanie, en Bulgarie, des usines mal positionnées comme Unimétal, un site d’Arcelor, ou des mines au Kazakhstan (donnant lieu, selon la BBC, à des 100 millions de dollars de dessous de table). Puis ils l’ont regardé prendre son envol avec le rachat du sidérurgiste américain en difficulté, International Steel. Mittal Steel grandit, mais reste un acteur moyen.


Aucun des grands groupes sidérurgistes n’aurait pensé pouvoir être une cible pour Mittal. Encore moins Arcelor. Il est alors le numéro un mondial de la sidérurgie, depuis la fusion quatre ans plus tôt du français Usinor, du luxembourgeois Arbed, du belge Cockerill Sambre et de l’espagnol Aceralia. Après pas loin de vingt ans de lourdes et dramatiques restructurations marquées par des centaines de milliers de suppressions d’emplois, qui ont coûté des centaines de milliards aux gouvernements européens, le nouveau groupe est un des plus performants du monde, positionné sur des aciers de très haut de gamme et déployé sur presque tous les continents.
Comment Lakshmi Mittal ose-t-il s’attaquer à un tel géant ?, se demandent, stupéfaits, les dirigeants du groupe, les observateurs et les gouvernements européens. Une communication très habile, menée en France par Anne Meaux d’Image 7, présente le milliardaire comme le parfait entrepreneur, l’industriel qui ose bousculer les places fortes. Un capitaliste, un vrai, qui n’a pas peur de plonger dans le grand bain de la mondialisation. Bref, le contraire de ces dirigeants « poussiéreux » d’Arcelor, qui ont vécu à l’abri des États.
L'ombre de Goldman Sachs
La réalité est un peu différente. Car derrière le « génial homme d’affaires » se cache l’ombre tutélaire de Goldman Sachs. À cette époque, la banque est inquiète : elle a prêté plus de 7 milliards de dollars à Mittal pour l’aider dans ses diverses acquisitions. Mais le groupe est à la peine et Goldman Sachs n’est pas sûr de revoir la totalité de sa créance. Il faut adosser Mittal à un groupe plus puissant. L’idée s’impose vite que plutôt que de se vendre, il pourrait acheter.


Arcelor paraît la cible idéale. Le groupe est riche, il est puissant et il n’est pas contrôlé ! À l’exception du Luxembourg, les États européens, épris d’un libéralisme de bon ton, ont décidé de renoncer à avoir tout droit de regard sur le groupe, en dépit des milliards de subventions accordés précédemment et du poids du groupe sur des filières industrielles entières, des répercussions sur l’emploi et dans certaines régions. Baignés dans une culture industrielle, les dirigeants d’Arcelor ne surveillent que de loin un cours de l’action qui végète. Tous les éléments sont réunis pour une attaque boursière en règle.
De plus, en rapprochant les deux groupes, le nouvel ensemble contrôlera plus de 10 % du marché mondial de l’acier. Cela lui donnera la taille suffisante pour peser sur les prix mondiaux. L’argument plaît doublement aux banquiers de Goldman Sachs. C’est l’assurance d’avoir un groupe très rentable. Mais c’est aussi un bon pari pour leurs activités detrading : après avoir résisté pendant des années, les sidérurgistes européens, qui alors dominent le marché mondial, ont fini par accepter que des contrats à terme sur l’acier, avec tous les instruments financiers qui les accompagnent (dérivés, options, etc.) soient négociés sur le London Metal Exchange. Décidément, cette OPA hostile sur Arcelor apparaît sous les meilleurs auspices.
Face à la puissance et au savoir-faire financier éprouvé de Goldman Sachs, la défense d’Arcelor est gauche et maladroite. Les dirigeants cherchent d’abord l'appui du russe Severstal, un allié récent, que les communicants de Lakshmi Mittal s’empressent de présenter comme l’entrée de l’oligarchie russe la plus corrompue, ce qu’il n’a jamais été. Puis, ils étudient une alliance, au travers un montage très compliqué, avec le rival de toujours : l’allemand ThyssenKrupp. Mais les discussions échouent. Divisée, car les intérêts nationaux dans ce groupe européen récent ont fini par prendre le dessus, l’équipe dirigeante se disloque.
Le Luxembourg , actionnaire à hauteur de 7 %, passe le premier dans le camp de Mittal, contre la promesse de garder le siège du groupe au Luxembourg et de veiller aux intérêts du Grand-Duché. Le gouvernement français, qui n’est plus actionnaire et n’a plus aucun droit de regard, patauge. Après s’être fait rappeler à l’ordre par Bruxelles, qui juge ses demandes trop nationales et contraires à la concurrence et à la liberté des capitaux, il tente de négocier quelques conditions. Une lettre d’intention de 45 questions est envoyée à Lakshmi Mittal pour lui demander des engagements sur l’information préalable en cas de décisions importantes, sur l’emploi, sur le maintien des sites, sur la protection de la recherche – Metz est alors le site de recherche sur l’acier le plus avancé du monde.
L’homme d’affaires consent à tout, s’engage sur tout. « Il n’a tenu aucune de ses promesses », dit aujourd’hui Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif.
De toute façon, dans cette OPA hostile, les gouvernements, comme les salariés, comme les collectivités locales, comme les fournisseurs, n’ont pas leur mot à dire. L’affaire se négocie avec les seuls actionnaires. L’offre qui était jugée inadmissible à 18,6 milliards d’euros, devient magnifique à 25,6 milliards quelques mois plus tard. L’OPA est réussie. À lui seul, Lakshmi Mittal et sa famille détiennent 41 % du groupe. Il est au sommet de sa gloire. En 2008, il sera nommé administrateur de Goldman Sachs et d’EADS, en signe de reconnaissance.
les cycles de l'acier
Les salariés d’Arcelor comprennent vite qu’ils ont changé de monde. Habitués à penser sur le long terme, ils se retrouvent plongés dans une vision court termiste où le dividende trimestriel et les intérêts de la famille prennent le pas sur tout autre considération. La quasi totalité des dirigeants du groupe est évincée. Le pouvoir est concentré dans les mains de Lakshmi Mittal, de son fils, propulsé à 23 ans directeur financier, de sa fille, nommée administratrice, et de ses hommes de confiance, sans que la presse anglo-saxonne, qui dénonçait jusqu’alors la gouvernance étroite d’Arcelor, ne s’en émeuve.
Le groupe, jusqu’alors ouvert, se referme. Le pouvoir y devient secret, opaque et discrétionnaire. Toute stratégie industrielle disparaît. La seule ligne de conduite est de dégager le plus d’argent possible pour le groupe et pour la famille.
Car le montage imaginé pour reprendre Arcelor repose sur une pyramide de dettes à tous les étages. « Jamais Goldman Sachs n’aurait dû leur proposer un tel montage. Cela ressemble un gigantesque LBO (leverage buy out). Endetter de la sorte une entreprise industrielle, travaillant dans un métier très cyclique et demandant d’énormes investissements en capitaux, est criminel », relève un banquier.



Dans un premier temps, le cycle de l’acier porte ArcelorMittal, pour le plus grand bonheur de son actionnaire principal. Les prix de l’acier atteignent des sommets. Tous les plans d’adaptation et de long terme, héritage des années de restructuration et de dialogue social, sont annulés. L’ancienne direction d’Arcelor prévoyait ainsi de gérer sur dix ans la fermeture de ses hauts fourneaux continentaux (Liège, Charleroi, Florange, Brême), jugés peu compétitifs, afin d’éviter les drames sociaux et de préparer la reconversion tant économique que sociale des sites. Mais la gestion prévisionnelle n’est plus de mise.
« Florange ne sera pas touché », assure alors Lakshmi Mittal, qui promet de nouveaux investissements pour pérenniser les hauts-fourneaux et la filière à chaud. Il fait les mêmes promesses en Belgique. Tout doit tourner à plein : il faut produire le plus d’acier possible au moment où les cours sont élevés. En 2007, ArcelorMittal affiche un profit historique de 10,7 milliards d’euros. L’action et les dividendes s’envolent.
Porté par le succès, le groupe rachète à tour de bras, et au plus haut, des mines de charbon, de minerai de fer, des sites un peu partout dans le monde. Tout est à nouveau essentiellement financé par endettement. Mais la fatalité de la sidérurgie frappe à nouveau : le cycle se retourne. Les prix élevés ont amené tous les sidérurgistes à pousser leur production et leurs capacités de production. Les sidérurgistes chinois envahissent le marché mondial. Les prix baissent. Puis, avec l’arrivée de la crise, ils s’effondrent.
La gestion “stop and go”
Les salariés d’Arcelor redécouvrent alors la gestion « stop and go », qui avait marqué l’ère des grandes familles européennes de l’acier avant la crise de 1974. En concurrence avec les autres sites mondiaux du groupe, les usines européennes sont les plus maltraitées, car jugées trop chères et pénalisées par les normes environnementales. Les hauts-fourneaux sont éteints ou rallumés en fonction des prix, les investissements reportés à plus tard, comme les productions plus élaborées. Les salariés de Florange, Charleroi, Liège, Gandrange ne savent plus à quel saint se vouer : un jour, on leur promet un avenir, le lendemain, on les dit condamnés.
Un site comme celui de Fos est peut-être le plus emblématique de ce qu'est devenu le groupe. Sans aval, l'usine marseillaise produit des aciers de première fusion (coils, brames) qui sont réexpédiés dans le reste du groupe ou vendus sur les marchés mondiaux. En dépit – et peut-être à cause – de ce handicap, Fos a été une des usines les plus performantes du groupe et du monde. Elle est aujourd'hui totalement désorganisée. Les hauts-fourneaux sont allumés ou éteints en fonction des cours mondiaux. Les investissements, même d’entretien pour pérenniser l’outil industriel, sont différés. Combien de temps avant d'entendre dire que le site de Fos n'est pas assez rentable et a des problèmes ?


Alors que la crise s’aggrave, que le marché automobile, l'un des principaux débouchés de la sidérurgie européenne, s’effondre, ArcelorMittal est pris à la gorge. Fin 2011, il a plus de 22,5 milliards d’euros d’endettement net contre 19,7 milliards l’année précédente. Ses frais financiers s’élèvent à plus de 2,8 milliards d’euros. Ce qui ne l’empêche pas de verser l’an dernier 2,3 milliards d’euros de dividendes – plus que son bénéfice net de 2,2 milliards – dont 943 millions pour la seule famille Mittal. Les impôts du groupe, eux, s'élèvent à peine à 900 millions d’euros pour l’ensemble du groupe, dont zéro en France, grâce au miracle des prix de transferts.
Sans préavis, les décisions tombent. Le groupe tire un trait sur son activité dans les aciers inoxydables. Liège et Charleroi ferment. Les hauts-fourneaux de Florange, éteints, sont condamnés. Le Luxembourg aussi est touché. Les salariés découvrent du jour au lendemain les arbitrages de la direction. Les fournisseurs et les sous-traitants sont avertis sans ménagement. Les gouvernements et les collectivités locales sont mis devant le fait accompli. Tous les accompagnements sociaux et économiques, qui avaient permis la longue restructuration de la sidérurgie européenne, ont disparu. La finance ne s’embarrasse pas de tout cela, elle fait dans « le brutal ».
Mur de dettes


« Je crains que ce qui se passe à Florange ne soit que le premier cas d’une longue liste », s’inquiète un connaisseur du dossier. L’avenir s’annonce sombre. Ce n’est pas seulement les surcapacités dans la sidérurgie, l’effondrement des prix et des débouchés qui fragilisent ArcelorMittal, mais sa situation financière, le modèle construit lors de son OPA hostile. Le groupe fait face aujourd’hui à un mur d’endettements. Il doit rembourser plus de 6 milliards d’euros entre 2013 et 2014. Sa dette est désormais classée en junk bonds : les refinancements vont coûter de plus en plus chers. Certaines émissions obligataires sont déjà au-dessus de 9 %. Il a les plus mauvaises performances et la plus mauvaise notation des groupes sidérurgiques mondiaux.
« Le groupe est désormais dans les mains des banques. Accepteront-elles ou non de suivre encore Lakshmi Mittal ? » s’interroge un proche du dossier. Fort du soutien de Goldman Sachs, celui-ci semble encore avoir leur soutien. Mais l’appui donné au milliardaire britannique risque d’être payé au prix fort par le groupe et ses salariés.
Lakshmi Mittal, en effet, n’a jamais vendu un actif. Et le contrôle familial est pour lui non négociable. Ces conditions sont lourdes de conséquences : cela signifie qu’aucune augmentation de capital n’est possible, car le milliardaire refuse de se faire diluer. Pour trouver des refinancements, le groupe risque d’être condamné à trouver des montages de plus en plus byzantins, de plus en plus chers. Tout cela au prix de nouveaux sacrifices sur les investissements, les salariés, les sites industriels.
Remis sur pied au prix de centaines de milliards d’aides, de milliers de suppressions d’emplois, de sinistres régionaux, le groupe se retrouve maintenant pris dans la spirale infernale des années 1970 où de vieilles familles socialisaient les pertes et empochaient les gains. Mais cette fois, il n’est même pas sûr qu’un sauvetage étatique soit possible. Les responsables de ce gâchis et cette destruction sont nombreux, y compris dans notre si “brillante” haute administration française. Combien auront à en rendre compte ?

Vign_philippe-torreton
Jean,

J’aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J’aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu’à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j’étais à Antraigues il n’y a pas si longtemps et je n’ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c’est sacré !

Pardon te t’emmerder, mais l’heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d’idées, je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n’as que les titres d’une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l’heure est grave !

Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s’abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s’immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l’on traque comme d’autres en d’autres temps que tu as chantés, celle qu’on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n’est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui l’on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l’essentiel…

Jean, rechante quelque chose je t’en prie, toi, qui en voulais à D’Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu’un air de liberté flottait sur Saïgon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s’est vendu à la Première dame de France. Ecris-nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tous ceux qui le soutiennent !

Jean, l’huma ne se vend plus aux bouches des métros, c’est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l’info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs…
Tu l’aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l’Elysée pour avoir l’honneur de poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu…préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu…


Jean, l’argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autre du sang de ces ingénieurs français. Lajustice avance péniblement grâce au courage de quelques-uns, et l’on ose donner des leçons de civilisation au monde…

Jean, l’Allemagne n’est plus qu’à un euro de l’heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l’haleine fétide des renvois populistes de cette droite « décomplexée ».

Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l’homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n’est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce n’est pas les numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le contraire.

Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l’industrie agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le tue, on lui dit de s’endetter il s’endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite… Finies les jacqueries !

Jean, la Commune n’en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous « le Temps des Cerises » ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade… Ici on massacre l’Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l’excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés…

Jean, je te quitte, pardon de t’avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j’aime cette France, je l’aime ruisselante de rage et de fatigue, j’aime sa voix rauque de trop de luttes, je l’aime intransigeante, exigeante, je l’aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d’elle même pour le plus pauvre qu’elle, quand elle s’appelle en 54 par temps d’hiver, ou en 40 à l’approche de l’été. Je l’aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu’à elle-même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts…

Jean, je voudrais tellement t’annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai…

Je t’embrasse.
Philippe Torreton

La rigueur : pour qui ?
Le plan d'austérité courageux !!

Le gouvernement Sarkozy veut enfin faire payer les riches, ils rapporteront en 2012 à l'état ... 200 petits millions d'Euros et autant en 2013.
Fillon a oublié de dire que
Bernard Tapie était déjà passé nous faire la caisse en exécutant un retrait de 450 millions d'Euros à lui tout seul et en un seul jour !
Notre gouvernement a aussi payé
une amende de 460 millions d'Euros à Taiwan cette année pour le fiasco des fameuses vedettes de Taiwan sans savoir qui s'est gavé dans cette histoire.
Je passe également sur les 94 millions de doses de vaccins inutiles commandées par Roselyne Bachelot pour
un coût global provisoire de 668 millions d'euros après annulation du reste de la commande non reçue (sous réserve des recours des industries pharmaceutiques) et pour seulement 6 millions de personnes vaccinées ...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vaccination_contre_la_grippe_A_(H1N1)_de_2009-2010


 Alors qu'est ce que c'est que cette mesurette de bonne conscience ?
Le bouclier fiscal a coûté 2,679 milliards d'Euros au trésor public en cinq ans.

 Si on ajoute l'affaire Tapie, les vedettes de Taiwan et les vaccins de Bachelot cela monte à
4,257 milliards d'Euros partis en fumée.  Et si l'on savait tout ?

Heureusement que Fillon est un génie de la finance sans risque, il va bientôt racketter les enfants en taxant leurs boissons préférées pour leur faire payer l'incompétence de son gouvernement.Il n'oublie pas non plus les grands-parents qui les accompagnent en supprimant l'abattement de 10 % sur l'imposition de leur retraite. Il n'y a pas de petits profits !!! Quel courage ! dans un autre domaine, on appellerait cela une extorsion de fonds sur personnes vulnérables.


Source FSU.


Faites généreusement circuler et rappelez vous que l'année prochaine on peut les réélire, ces gais lurons, pour la deuxième couche.

Opter pour la décroissance ?
Lionel Jacquet

Depuis quelques années, le concept de décroissance sort des milieux écologistes et entre dans les médias dominants voire certains discours politiques, pour être décrié le plus souvent. Mais de quoi parle-t-on au juste ?

Ce concept a été introduit en France en 1979 par le philosophe Jacques Grinevald, lorsqu’il a traduit l’ouvrage «The Entropy Law and the Economic Process » écrit en 1971 par l’économiste américain Nicholas Georgescu-Roegen par le titre « Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie. » En France, Jean Baudrillard, André Gorz, Yvan Illich peuvent être considérés comme les pères du mouvement actuel. Il est resté relativement confidentiel médiatiquement dans les années 80 et 90. En 2004, l’association « Casseurs de pub » lance la publication du journal « La Décroissance ». Les penseurs actuels se nomment Paul Ariès, Serge Latouche, François Schneider, …
Le concept va au-delà d’une simple décroissance économique, que l’on appelle récession ; elle constitue un véritable projet de société basée sur le « bien-vivre » et non le « bien-avoir ».

Voyons dans ce texte les raisons de l’émergence de ce mouvement. Dans un premier temps, nous détaillerons la crise écologique actuelle, puis nous établirons le diagnostic de cette situation désastreuse ; un troisième chapitre sera consacré à expliciter les grands axes de réflexion de la Décroissance et, enfin, nous envisagerons la traduction au niveau local de ce concept.

1. La crise écologique

Certains scientifiques estiment que nous sommes entrés dans l’ère géologique de l'anthropocène, c’est-à-dire une ère où l’Homme est capable de modifier radicalement et à grande échelle son environnement.
L’empreinte écologique mesure la surface terrestre nécessaire à toutes nos activités humaines. Elle a déjà dépassé le seuil de soutenabilité terrestre, notamment due aux pays riches. Si toute la population terrestre vivait comme un français, il faudrait l’équivalent de 3 planètes Terre pour subvenir à leurs besoins.

Les modifications qui ont déjà commencé et vont se poursuivre sont les suivantes :

Changement climatique.
 La température moyenne à la surface de la planète s’élève continuellement depuis 100 ans. Ceci est dû à l’émission trop importante de gaz à effets de serre (CO2 notamment) liés à notre activité humaine. Il en résulte un dérèglement de notre climat terrestre qui se manifeste par une amplification de certains phénomènes comme les tempêtes, inondations, sécheresses, incendies, canicules …

Perte de la biodiversité.
Les activités humaines ont généré entre 100 et 1000 fois plus d’extinctions d’espèces que le processus naturel. Le rythme de réduction des espèces sans précédent fait craindre la septième extinction des espèces (la sixième étant celle des dinosaures il y a 65 millions d’années).

Diminution des ressources naturelles.
Toutes les ressources minérales (fer, uranium, cuivre, zinc, or, …) et fossiles (pétrole, gaz, charbon) ne sont pas renouvelables et atteindront un pic de production dans les années voire décennies prochaines. Le pétrole va se raréfier dans la décennie qui s’en vient, ce qui va accroitre le prix de l’énergie en général (car le prix du pétrole induit celui des autres énergies).

D’autres manifestations physiques aux conséquences pour l’instant peu perceptibles : acidification des océans, modification des cycles biogéochimiques du phosphore et azote, …

D’ici quelques décennies, si la tendance actuelle n’est pas inversée, le manque de ressources naturelles peut entrainer une contraction de l’économie mondiale, donc un chômage massif ; ainsi qu’une lutte de plus en plus intense pour l’accès à aux ressources restantes. D’un point de vue alimentaire, la réduction des terres consacrées aux cultures vivrières concurrencées par les cultures d’exportation et les agro-carburants, ainsi que les changements climatiques accentuera le phénomène de sous-alimentation, touchant potentiellement 1,2 milliards de personnes en 2015. De même, 3 milliards de personnes seront concernées par le manque d’eau potable en 2025. La hausse des prix du pétrole entrainera la hausse des prix de l’énergie et des produits dérivés du pétrole (3000 objets sont fabriqués à partir pétrole (plastique, pneus, habits synthétiques, ...)). Les réfugiés climatiques seront environ 1 milliard d’ici à 2050. Certains spécialistes évoquent même une menace de disparition de l’espèce humaine. Le risque est grand que les premiers frappés par cette crise écologique soient les plus pauvres car ceux-ci n’auront pas les moyens de s’en sortir, tandis que les riches (les dominants) possèdent le pouvoir d'influencer les politiques en leur faveur.


2. Le diagnostic

Après avoir dépeint ce sombre tableau, voyons les raisons qui nous ont conduits à cette situation.
Une brève analyse historique fait apparaitre quatre grandes causes :

La révolution thermo-industrielle qui s’est déroulée au XIXe siècle a marqué l’avènement des hauts fourneaux et de la Machine motorisée. Ceux-ci se sont développés grâce à des carburants énergétiques (le charbon puis le pétrole) et des ressources naturelles abondants et gratuits (car il faut rappeler ici que le prix d’un baril de pétrole ou d’une tonne de charbon permet de payer uniquement les revenus de toutes les personnes contribuant à son extraction, sa transformation et sa fourniture sur le marché). Il faut également signaler que le carbone reste une bonne centaine d'années dans l’atmosphère, les pays industrialisés ont donc une dette écologique vis-à-vis du reste de la planète car le carbone présent actuellement dans l’atmosphère provient essentiellement de leurs émissions passées.
Les améliorations technologiques successives ont permis de baisser les coûts de production, ce sont les fameux gains de productivité. Ce progrès technique a remplacé les humains par des machines, et l’emploi n’a pu se maintenir qu’en sophistiquant les biens manufacturés, en cherchant à équiper de plus en plus de terriens qui sont devenus des consommateurs, en renouvelant l’offre de produit en permanence et en programmant leur obsolescence. C’est ainsi que nous avons basculé dans une société productiviste et son corolaire la société de l'hyper-consommation pour écouler les marchandises.

• Au cours de la même période, des acteurs privés – banques, familles marchandes riches, … - investissent des capitaux dans des sociétés de production. Ces acteurs, désireux de faire fructifier ce capital, ont poussé cette quête des gains de productivité. Ainsi, le capitalisme est né et dès le départ, a recherché la croissance économique.

• Depuis les années 1980, le capitalisme s’est trouvé renforcé par une ouverture accrue des marchés mondiaux et une diminution de l’emprise des États (surtout depuis la chute du mur de Berlin). Ce libéralisme exacerbé, appelé néo-libéralisme, a conduit à une mise en concurrence des ouvriers du monde entier, et une volonté de réduire la protection sociale. Cette protection sociale est apparue au cours du XXe siècle en réponse au désastre humain des conflits mondiaux, comme en France avec la naissance de la sécurité sociale en 1946. Cependant, son financement s’opère grâce à des prélèvements sur les revenus du travail. Sa bonne santé dépend donc du fait de mettre un maximum de gens au travail, donc de favoriser la croissance de l’activité économique.
En résumé, notre économie capitaliste libérale est droguée à la croissance économique, tout autant que notre système de protection sociale.

• L’allongement de la durée de la vie, le confort matériel et les possibilités accrues de s’accomplir individuellement dans nos sociétés occidentales apportés par les développements économique et scientifique sont indéniables. Cependant, gardons à l’esprit que les classes sociales les plus défavorisées ne jouissent des mêmes avantages que les classes dominantes. Et c’est justement ce différentiel qui induit ce que le sociologue américain Thorstein Veblen a appelé le facteur d’imitation des classes supérieures (repris par Hervé Kempf dans son livre : « Comment les riches détruisent la planète »)... Ainsi, le modèle occidental de développement économique est envié par les pays du Sud, et, au sein d’un même pays, chaque classe sociale cherche à imiter le comportement (achat maison, voiture, voyage, article de luxe, …) de la classe supérieure.

• La forte croissance démographique que nous vivons depuis deux siècles (l’espérance de vie en 1800 était de 35 ans en France) augmente bien évidemment l’emprise humaine sur la planète.

3. Les solutions restantes

Quel remède de cheval faut-il administrer à notre système actuel pour le faire bifurquer vers un monde plus raisonnable ? Vers un monde où le bien-vivre constitue l’objectif principal et non le bien-être qui rime souvent dans notre monde occidental avec accumulation de biens ?
Les formules « slogans » portées par les objecteurs de croissance sont justement « Moins de biens, plus de liens » et « Moins mais mieux ».

Nos choix individuels constituent un premier pas pour rééquilibrer le système. Entrer dans une forme de « simplicité volontaire », pour reprendre le terme des objecteurs de croissance, permet de nous désintoxiquer de notre surconsommation. Diminuer notre empreinte écologique individuelle peut prendre les formes suivantes : réduire et relocaliser notre consommation (acheter moins d'objets et privilégier des produits locaux, favoriser l'agriculture biologique, manger moins de viande rouge, ...), utiliser les énergies renouvelables pour l'électricité (éolien, hydraulique, solaire) et chauffer son logement (bois), se déplacer avec les transports en commun, réutiliser les objets (les réparer au lieu de les jeter), recycler ses déchets,…Cependant, deux mises en garde doivent s’opérer ici : d'une part, une diminution importante du niveau de consommation globale de tous les citoyens dans un système productiviste comme le nôtre entrainera l’accroissement du chômage ; d'autre part, le risque est de promouvoir une nouvelle forme de capitalisme, que certains qualifient de « vert », où l’environnement constitue le nouveau moteur de la croissance économique. Il faut donc changer de Système et ne pas se contenter de le réformer à la marge. Le concept de Décroissance constitue pour cela un excellent vecteur.

Il consiste à remettre en question :

- la croyance dans la croissance économique : une croissance infinie dans un Monde dont les ressources naturelles sont physiquement limitées constitue une hérésie
- la société de surconsommation et d’hyper productivisme
- l’emprise de l’économie et de la finance sur nos vies quotidiennes
- la civilisation techno-scientiste
- la sphère médiatique à la botte des pouvoirs financiers et politiques
- la démesure, le gigantisme de nos sociétés
Il est également important de préciser deux points :
- Il n’est aucunement question de promouvoir la Décroissance pour les pays pauvres du Sud, contrairement à ce que mettent en avant ses pourfendeurs.
- La Décroissance n’est pas malthusienne. La Terre peut nourrir 12 milliards de personnes si les ressources sont consommées sans excès, mais seulement 2 milliards si tout le monde vit comme un européen.
Quelques pistes de réflexion :
- Les plus modestes d’entre nous subissant toujours davantage les crises écologiques et financières, il est important de leur assurer une sécurité accrue de leur existence humaine en réduisant les inégalités sociales. Pour cela, les services publics et la protection sociale doivent être renforcées. Un revenu minimum inconditionnel versé à tout adulte (d’environ 800 € / mois) serait créé, financé par une taxation plus progressive qu’elle ne l’est actuellement. Un revenu maximum autorisé serait mis en place (équivalent à 10 SMIC mensuels par exemple).
- Dans le domaine important de l’emploi, la production étant réorientée vers la qualité et la durabilité (et non la quantité), de nombreux emplois seront créés (voir le blog de l’économiste Jean Gadrey pour plus d’informations sur ce sujet, http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2009/02/03/une-autre-relance-est-possible/ ).
- L’énergie constituant le « sang » de notre système productiviste, il faudra s’en préoccuper sérieusement en adoptant le scénario élaboré par l’association d’experts Negawatt (www.negawatt.org) basé sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.
- Mieux maitriser les flux de capitaux supposera également de définanciariser l’économie. L’économie dite sociale et solidaire (coopératives, associations, mutuelles, fondations) sera un élément à privilégier pour cela.

4. Concrétisation au niveau local

Une action politique au niveau communal porteuse des thèses de la Décroissance peut se concrétiser de la façon suivante :
- Énergie : réduction de la consommation d’énergie de la commune, privilégier un fournisseur d’électricité alternatif comme Enercoop, coopérative fournissant une électricité 100% renouvelable (donc sans avoir recours au nucléaire bien entendu).
- Restauration : expérimenter et généraliser l’alimentation biologique, locale, moins carnée ; fournie par une régie.
- Agriculture : soutien à une agriculture biologique locale et aux Amap.
- Achats : privilégier des achats éthiques, locaux, équitables, biologiques.
- Logement : favoriser le logement social, promouvoir les coopératives de logement, réaliser la rénovation énergétique des logements publics existants.
- Transports : soutenir les transports en commun et la mobilité douce (vélo, marche, …).
- Lien social : soutenir les associations du territoire.
- Publicité : supprimer les affichages publicitaires intempestifs, notamment les grands panneaux 4m x 3m
- École et péri-scolaire : donner les moyens à une éducation primaire de qualité, où la mixité sociale est préservée.
- Démocratie : pratiquer la vraie démocratie participative avec une allocation de budgets par secteur.
Des concepts comme celui des « villes en transition » (http://villesentransition.net/) ou des « villes lentes » (http://www.cittaslow.net/ ) peuvent servir d’exemples pour des actions locales.


En guise de conclusion, le concept de Décroissance permet de faire réfléchir les décideurs politiques sur une nouvelle forme d’organisation de notre société, basée sur de fortes valeurs humanistes et écologiques, afin d’éviter le chaos vers lequel nous conduit notre société actuelle.


Lio
nel Jacquet
Le temps des catastrophes
Article du  MONDE publié le 03 avril 2011

Débat › Vivre et penser le temps des catastrophes
Le genre humain, menacé




Une information fondamentale publiée par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) est passée totalement inaperçue : le pic pétrolier s'est produit en 2006. Alors que la demande mondiale continuera à croître avec la montée en puissance des pays émergents (Chine, Inde et Brésil), la production de pétrole conventionnel va connaître un déclin inexorable après avoir plafonné. La crise économique masque pour l'heure cette réalité.


Mais elle obérera tout retour de la croissance. La remontée des coûts d'exploration-production fera naître des tensions extrêmement vives. L'exploitation du charbon et des réserves fossiles non conventionnelles exigera des investissements lourds et progressifs qui ne permettront guère de desserrer l'étau des prix à un horizon de temps proche. Les prix de l'énergie ne peuvent ainsi que s'affoler.

Le silence et l'ignorance d'une grande partie de la classe politique sur ce sujet ne sont guère plus rassurants. Et cela sans tenir compte du fait que nous aurons relâché et continuerons à dissiper dans l'atmosphère le dioxyde de carbone stocké pendant des millénaires... Chocs pétroliers à répétition jusqu'à l'effondrement et péril climatique. Voilà donc ce que nous préparent les tenants des stratégies de l'aveuglement. La catastrophe de Fukushima alourdira encore la donne énergétique.
De telles remarques génèrent souvent de grands malentendus. Les objections diagnostiquent et dénoncent aussitôt les prophètes de malheur comme le symptôme d'une société sur le déclin, qui ne croit plus au progrès. Ces stratégies de l'aveuglement sont absurdes. Affirmer que notre époque est caractérisée par une "épistémophobie" ou la recherche du risque zéro est une grave erreur d'analyse, elle éclipse derrière des réactions aux processus d'adaptation la cause du bouleversement.
Ce qui change radicalement la donne, c'est que notre vulnérabilité est désormais issue de l'incroyable étendue de notre puissance. L'"indisponible" à l'action des hommes, le tiers intouchable, est désormais modifiable, soit par l'action collective (nos consommations cumulées) soit par un individu isolé ("biohackers"). Nos démocraties se retrouvent démunies face à deux aspects de ce que nous avons rendu disponible : l'atteinte aux mécanismes régulateurs de la biosphère et aux substrats biologiques de la condition humaine.
Cette situation fait apparaître "le spectre menaçant de la tyrannie" évoqué par le philosophe allemand Hans Jonas. Parce que nos démocraties n'auront pas été capables de se prémunir de leurs propres excès, elles risquent de basculer dans l'état d'exception et de céder aux dérives totalitaristes.
Prenons l'exemple de la controverse climatique. Comme le démontre la comparaison entre les études de l'historienne des sciences Naomi Oreskes avec celles du politologue Jules Boykoff, les évolutions du système médiatique jouent dans cette affaire un rôle majeur. Alors que la première ne répertoria aucune contestation directe de l'origine anthropique du réchauffement climatique dans les revues scientifiques peer reviewed ("à comité de lecture"), le second a constaté sur la période étudiée que 53 % des articles grand public de la presse américaine mettaient en doute les conclusions scientifiques.
Ce décalage s'explique par le remplacement du souci d'une information rigoureuse par une volonté de flatter le goût du spectacle. Les sujets scientifiques complexes sont traités de façon simpliste (pour ou contre). Ceci explique en partie les résultats de l'étude de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) pilotée par Daniel Boy sur les représentations sociales de l'effet de serre démontrant un sérieux décrochage du pourcentage de Français attribuant le dérèglement climatique aux activités humaines (65 % en 2010, contre 81 % en 2009). Ces dérives qui engendrent doute et scepticisme au sein de la population permettent aux dirigeants actuels, dont le manque de connaissance scientifique est alarmant, de justifier leur inaction.
Le sommet de Cancun a sauvé le processus de négociation en réussissant en outre à y intégrer les grands pays émergents. Mais des accords contraignants à la hauteur de l'objectif des seconds sont encore loin. S'il en est ainsi, c'est parce que les dirigeants de la planète (à l'exception notable de quelques-uns) ont décidé de nier les conclusions scientifiques pour se décharger de l'ampleur des responsabilités en jeu. Comment pourraient-ils à la fois croire en la catastrophe et ne rien faire, ou si peu, pour l'éviter ?
Enfermée dans le court terme des échéances électorales et dans le temps médiatique, la politique s'est peu à peu transformée en gestion des affaires courantes. Elle est devenue incapable de penser le temps long. Or la crise écologique renverse une perception du progrès où le temps joue en notre faveur. Parce que nous créons les moyens de l'appauvrissement de la vie sur terre et que nous nions la possibilité de la catastrophe, nous rendons celle-ci crédible.
Il est impossible de connaître le point de basculement définitif vers l'improbable ; en revanche, il est certain que le risque de le dépasser est inversement proportionnel à la rapidité de notre réaction. Nous ne pouvons attendre et tergiverser sur la controverse climatique jusqu'au point de basculement, le moment où la multiplication des désastres naturels dissipera ce qu'il reste de doute. Il sera alors trop tard. Lorsque les océans se seront réchauffés, nous n'aurons aucun moyen de les refroidir.
La démocratie sera la première victime de l'altération des conditions universelles d'existence que nous sommes en train de programmer. Les catastrophes écologiques qui se préparent à l'échelle mondiale dans un contexte de croissance démographique, les inégalités dues à la rareté locale de l'eau, la fin de l'énergie bon marché, la raréfaction de nombre de minéraux, la dégradation de la biodiversité, l'érosion et la dégradation des sols, les événements climatiques extrêmes... produiront les pires inégalités entre ceux qui auront les moyens de s'en protéger, pour un temps, et ceux qui les subiront. Elles ébranleront les équilibres géopolitiques et seront sources de conflits.
L'ampleur des catastrophes sociales qu'elles risquent d'engendrer a, par le passé, conduit à la disparition de sociétés entières. C'est, hélas, une réalité historique objective. A cela s'ajoutera le fait que des nouvelles technologies de plus en plus facilement accessibles fourniront des armes de destruction massive à la portée de toutes les bourses et des esprits les plus tourmentés.
Lorsque l'effondrement de l'espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l'urgence n'aura que faire de nos processus, lents et complexes, de délibération. Pris de panique, l'Occident transgressera ses valeurs de liberté et de justice. Pour s'être heurtées aux limites physiques, les sociétés seront livrées à la violence des hommes. Nul ne peut contester a priori le risque que les démocraties cèdent sous de telles menaces.
Le stade ultime sera l'autodestruction de l'existence humaine, soit physiquement, soit par l'altération biologique. Le processus de convergence des nouvelles technologies donnera à l'individu un pouvoir monstrueux capable de faire naître des sous-espèces. C'est l'unité du genre humain qui sera atteinte. Il ne s'agit guère de l'avenir, il s'agit du présent. Le cyborg n'est déjà plus une figure de style cinématographique, mais une réalité de laboratoire, puisqu'il est devenu possible, grâce à des fonds publics, d'associer des cellules neuronales humaines à des dispositifs artificiels.
L'idéologie du progrès a mal tourné. Les inégalités planétaires actuelles auraient fait rougir de honte les concepteurs du projet moderne, Bacon, Descartes ou Hegel. A l'époque des Lumières, il n'existait aucune région du monde, en dehors des peuples vernaculaires, où la richesse moyenne par habitant aurait été le double d'une autre. Aujourd'hui, le ratio atteint 1 à 428 (entre le Zimbabwe et le Qatar).
Les échecs répétés des conférences de l'ONU montrent bien que nous sommes loin d'unir les nations contre la menace et de dépasser les intérêts immédiats et égoïstes des Etats comme des individus. Les enjeux, tant pour la gouvernance internationale et nationale que pour l'avenir macroéconomique, sont de nous libérer du culte de la compétitivité, de la croissance qui nous ronge et de la civilisation de la pauvreté dans le gaspillage.
Le nouveau paradigme doit émerger. Les outils conceptuels sont présents, que ce soit dans les précieux travaux du Britannique Tim Jackson ou dans ceux de la Prix Nobel d'économie 2009, l'Américaine Elinor Ostrom, ainsi que dans diverses initiatives de la société civile.
Nos démocraties doivent se restructurer, démocratiser la culture scientifique et maîtriser l'immédiateté qui contredit la prise en compte du temps long. Nous pouvons encore transformer la menace en promesse désirable et crédible. Mais si nous n'agissons pas promptement, c'est à la barbarie que nous sommes certains de nous exposer.
Pour cette raison, répondre à la crise écologique est un devoir moral absolu. Les ennemis de la démocratie sont ceux qui remettent à plus tard les réponses aux enjeux et défis de l'écologie.

Michel Rocard, Dominique Bourg et Floran Augagneur Article paru dans l'édition du 03.04.11
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Michel Rocard, ancien premier ministre, coauteur avec Alain Juppé de "La politique, telle qu'elle meurt de ne pas être" (JC Lattès, 314 p., 18 €).
Dominique Bourg, professeur à la faculté des géosciences et de l'environnement de l'université de Lausanne, membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot
Floran Augagneur, philosophe, enseigne la philosophie de l'écologie à l'Institut d'études politiques de Paris

Michel Rocard, Dominique Bourg et Floran Augagneur Article paru dans l'édition du 03.04.11

Discours de P.Meirieu
Vign_apprendre
Discours de Philippe Meirieu dimanche 05 juin à la Rochelle
après son élection à la tête du Conseil Fédéral de EELV.


Un mot plus personnel, si vous le permettez, avant de conclure. Après René Dumont et Ivan Illich, avec André Gorz et Pierre Rhabbi, j’ai structuré mon engagement professionnel et politique autour de deux questions :

« Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? Quels enfants allons-nous laisser au monde ? »

Je suis venu à l’écologie politique par le mouvement coopératif et l’éducation à l’environnement. J’ai, très vite, été sensible à la question de Félix Guattari sur « l’écologie de l’esprit ». Je suis aujourd’hui préoccupé par le problème de l’environnement psychique de nos enfants… et de nous-mêmes ! Le monde a perdu cinquante précieuses années pour n’avoir pas écouté assez tôt les écologistes. Je ne voudrais pas que nous perdions autant de temps pour prendre conscience qu’après l’environnement naturel, c’est aujourd’hui l’environnement psychique qui est terriblement mis à mal.

Nous devons dénoncer l’instrumentalisation des esprits par le « capitalisme pulsionnel », qui fait des humains les outils du marché, abolit le temps de penser et interdit de se projeter dans l’avenir. Nous devons résister au triomphe de « l’immédiateté », du « tout - tout de suite », nous opposer à la dictature de l’urgence, que ce soit entre nous ou à l’égard des médias.

 Attention à ne pas céder aujourd’hui à la tentation du court terme aveugle qui, hier, a détruit irrémédiablement
nos ressources. Les écologistes portent haut – et ils ont raison – la préoccupation du long terme. Ils ne convaincront nos concitoyens que si, eux-mêmes, savent proposer d’autres modes de fonctionnement sociaux, plus respectueux de notre environnement aussi bien physique que psychique.

 Le chantier est immense. Il est aussi urgent.
Abeilles en danger : informations
Chers amis en France,

 Les abeilles sont en train de disparaître et toute notre chaîne alimentaire est menacée. Les scientifiques mettent en cause des pesticides toxiques, mais la France vient d'autoriser la mise sur le marché de l'un de ces produits. Appelons-la ainsi que l'UE à interdire l'ensemble de ces produits pour éviter l'extinction des abeilles.
Signez la pétition et faites suivre cet appel urgent: Des milliards d'abeilles sont en train de mourir en silence, et toute notre chaîne alimentaire est menacée. Les abeilles ne font pas seulement du miel, elles sont une humble et géante force de travail, pollinisant 90% des plantes que nous cultivons.
 De multiples études scientifiques mettent en cause un groupe de pesticides toxiques pour expliquer leur rapide disparition, et les populations d'abeilles ont augmenté dans plusieurs pays d'Europe qui ont interdit ces produits. Mais la France, sous la pression des puissantes industries chimiques, vient de renouveler l'autorisation de l'un de ces pesticides. Pour sauver les abeilles nous devons faire changer la position de notre gouvernement.
Nous n'avons pas de temps à perdre -- le débat fait rage quant aux mesures à prendre pour sauver ces espèces. Il ne s'agit pas seulement des bourdons et des abeilles, il s'agit de notre survie.
Envoyons un appel gigantesque au gouvernement français, très influent sur la politique agricole européenne, pour faire interdire ces produits chimiques et sauver nos abeilles et notre alimentation.


 Les abeilles sont indispensables à la vie sur terre -- elles pollinisent chaque année les plantes et les cultures pour une valeur estimée à plus de 40 milliards de dollars, représentant plus d'un tiers de l'approvisionnement en nourriture dans beaucoup de pays. Sans aucune action immédiate pour les sauvegarder, le monde pourrait se retrouver sans fruits, ni légumes, noix, huiles et coton.
Ces dernières années ont été marquées par un profond et inquiétant déclin mondial des populations d'abeilles -- certaines espèces d'abeilles sont maintenant éteintes et d'autres ne totalisent plus que 4% de leur population d'origine.
 Les scientifiques avancent plusieurs explications. Certaines études indiquent que le déclin est dû à une combinaison de facteurs incluant maladie, perte de l'habitat, et produits chimiques toxiques. Mais des recherches indépendantes à la pointe du sujet ont mise en avant de fortes preuves mettant en cause les pesticides du groupe des néonicotinoïdes.
L'Italie, la Slovénie et même l'Allemagne, où est basé le principal fabriquant Bayer, ont interdit certains de ces produits. Mais Bayer, Syngenta et d'autres continuent d'exporter ce poison dans le monde. Et la France, pendant un temps fer de lance des interdictions, vient tout juste de renouveler pour un an l'autorisation commerciale d'un produit phare contenant cette substance toxique. La question devient brûlante car de nouvelles études majeures ont confirmé l'étendue du problème.
 Si nous pouvons amener les décideurs français et européens à agir, d'autres dans le monde suivront. Cela ne sera pas facile. Une fuite révèle que l'Agence de Protection de l'Environnement des Etats-Unis avait connaissance des dangers de ces pesticides mais les a ignoré. Le document indique que le produit "hautement toxique" de Bayer représente "une préoccupation de risque majeur pour les insectes non ciblés [les abeilles]". Nous devons faire entendre nos voix pour contrer la très forte influence des industriels sur les décideurs politques et les scientifiques en France, en Europe et aux Etats-Unis où ils financent les études et siègent dans les organes de régulation.
Les vrais experts -- les apiculteurs et les agriculteurs -- demandent l'interdiction de ces pesticides mortels pour les abeilles, jusqu'à ce que, et seulement si de solides études indépendantes prouvent qu'ils sont sans danger. Soutenons-les dès à présent.

 Nous ne pouvons plus laisser notre fragile chaîne alimentaire aux mains d'une recherche contrôlée par les entreprises de chimie et les organes de régulation que ces industriels soudoient. Bannir ce groupe de pesticides nous rapprochera d'un monde plus sûr pour nous-mêmes et pour les autres espèces que nous aimons et dont nous dépendons.

Avec espoir, Alex, Alice, Iain, David et toute l'équipe d'Avaaz
 
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